• Marilyn Monroe... lettre sentimentale de Bernard PIVOT

    Lettre sentimentale à Marilyn Monroe

     

    La chronique de Bernard Pivot.

     

    Chère Marilyn,

    Près de cinquante ans après votre clap de fin de vie, vous n’avez jamais été aussi présente parmi nous. On vous voit partout : sur papier glacé et sur écran glamour, dans la nostalgie et dans la modernité, parmi les stars d’hier, d’aujourd’hui et, désolé pour vous, jolies actrices débutantes de demain. Moi, je suis habitué à votre immortalité : vous n’avez jamais quitté mes murs.

    Vous êtes si connue de toutes les générations que l’éditeur Flammarion, qui publie un album de vos photos, n’a pas jugé utile d’imprimer un titre ou votre nom sur la couverture. Juste deux portraits recto et verso. Pas un mot. Pour ne pas attenter à l’esthétique. Par respect pour votre beauté. Pour ne pas être redondant. Même Charles de Gaulle, qui, chez nous, est un personnage très identifiable, n’a pas droit à de pareils égards des éditeurs. Pour le vendre on colle son nom à côté de sa photo. À côté de la vôtre, silence et admiration.

    Vous serez probablement comme moi étonnée d’apprendre que ce gros livre contient des photos inédites, en particulier de votre jeunesse quand vous étiez joufflue, potelée, et que vous faisiez pointer vos seins encore inconnus comme des questions existentielles. Comment, diable, votre si longue gloire n’a-t-elle pas vidé depuis longtemps tous les tiroirs? C’est qu’aucune comédienne de Hollywood ou d’ailleurs n’a été autant photographiée. Les preuves de votre mélancolique allégresse, de votre charme ravageur, de votre sensualité, de votre photogénie existent par milliers. Vous aimiez poser, instinctive et professionnelle, spontanée et inventive. Les photographes vous adoraient parce que vous leur donniez du talent. La lumière vous chérissait parce que vous l’attrapiez avec le sourire.

    Justement, le voici ce sourire qui court tout au long du livre, lèvres très rouges ouvertes sur des dents parfaites, et ce coquin petit grain de beauté de votre joue gauche auquel le mouvement de votre visage donne de l’esprit. L’une de vos premières partenaires dit que, lorsque vous êtes apparue sur le plateau en costume de bain, "l’équipe technique s’est figée bouche bée". Il y en a eu des bouches bées sur votre passage! D’ailleurs, ça continue : referme ta bouche, Bernard…

    Même quand vous êtes très maquillée, très sophistiquée, dans le tralala, vous continuez d’être naturelle, comme si dans votre héritage génétique de fille de rien du tout s’était glissée une disposition pour le grand genre. Peut-être vous rappelez-vous avoir dit quand la jeune ouvrière Norma Jeane regardait Hollywood, la nuit : "Il doit y avoir des milliers de jeunes filles assises seules comme moi, qui rêvent de devenir star de cinéma. Mais je ne vais pas m’inquiéter de leur sort, c’est moi qui rêve le plus fort." Vous avez rêvé si fort que nous avons été des millions d’hommes de par le monde à rêver de vous.

    Et, pour d’autres raisons, des millions de femmes.

    Ce n’était pas seulement votre beauté, votre intelligence, votre aisance à vous glisser dans des robes, dans des rôles et dans des mythes qui nous fascinaient sur grand écran. C’était aussi, même triomphante, même au bras d’Arthur Miller, votre vulnérabilité. J’étais de ceux qui pressentaient que vous étiez fragile, que derrière tant d’éclat il y avait du désenchantement, de la tristesse. Que, parfois, vous riiez, comme vous rêviez, très fort, trop fort, parce que c’était dans le scénario. Ou parce qu’un sex-symbol ne peut pas avoir le blues en public, n’est-ce pas? Quatre ou cinq photos, mes préférées, car ce sont celles qui me touchent le plus aujourd’hui, disent votre vague à l’âme, votre désarroi, votre souffrance. Vos yeux (p. 266-267 surtout) expriment – et avec quelle grâce – une douleur incrédule, l’émotion d’une femme qui ne comprend pas, qui ne comprend plus. Bouleversant. Vous ne jouez pas. Et même si sur cette photo vous jouiez, vous ne jouez pas. Votre toujours fidèle…

     

    Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche

     

    samedi 24 décembre 2011

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